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IPEA : vers une nouvelle définition du meuble meublant

Publié le vendredi 26 juin 2026 par Sandrine Panossian-Kahn
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Le marché du meuble en France traverse une période de profonde mutation, portée par l’évolution des modes de vie, des usages de l’habitat et des attentes des consommateurs. L’étude de l’IPEA (Institut de Prospective et d’Etudes de l’Ameublement) "Vers une nouvelle définition du meuble meublant" (juin 2026) dresse un panorama détaillé de ces transformations, révélant comment l’organisation des logements, les pratiques d’aménagement et les critères de choix du mobilier redéfinissent la place du meuble dans nos intérieurs.

  • Les logements deviennent plus modulaires et adaptables aux besoins des occupants.
  • Vers une recherche de solutions de rangement plus discrètes et intégrées.
  • Le mobilier est davantage défini par la fonction qu’il remplit dans le logement.

« Le marché du meuble est un segment en perte de vitesse, indique en préambule Stéphane Larue, Directeur des études à l’IPEA [1.1]. La part du meuble sur le marché est passée de 46,3 % en 2000 à 32 % en 2025 [1.2] ».

Des logements plus ouverts, plus hybrides

L’organisation des logements français évolue vers davantage d’ouverture et de fluidité. Les espaces sont moins cloisonnés, favorisant la lumière naturelle et la circulation. Ainsi, 54,3 % des logements disposent d’une cuisine ouverte sur le salon ou le séjour, une proportion qui atteint 66,4 % chez les 25-39 ans. Les grandes baies vitrées s’imposent également : 67,8 % des salons/séjours ; 62,6 % des salles à manger ; 33,1 % des cuisines et 19,9 % des chambres adulte en sont équipés.

Le logement devient
à la fois lieu de vie,
de travail, de loisirs
et de réception

Cette transformation architecturale entraîne une redéfinition des espaces, ces derniers ne s’organisant plus par pièces mais par usages : espaces à vivre (salon-séjour, cuisine ouverte, salle à manger, bureau/télétravail, chambre), espaces de transition (entrée, couloirs, dégagements) et espaces de service (salle de bains, buanderie, rangements intégrés, locaux techniques) [1.3]. Les logements deviennent ainsi plus modulaires et adaptables aux besoins des occupants.

Moins de murs, plus de contraintes… et de liberté

La diminution du nombre de murs porteurs et de cloisons offre plus de liberté dans l’aménagement, mais impose aussi de nouvelles contraintes. 72,7 % des Français estiment avoir suffisamment d’espace pour installer des meubles le long des murs, mais cette proportion varie selon l’âge et la configuration du logement [1.4]. Par ailleurs, 51% des répondants déclarent laisser volontairement certains murs vides, principalement pour ne pas alourdir l’espace (55 % chez les 25-39 ans) ou par absence de besoin (jusqu’à 65,3 % chez les 65 ans et plus).

Cette volonté de préserver la légèreté et la fluidité de l’espace reflète une tendance à privilégier le vide comme composante esthétique, mais aussi à rechercher des solutions de rangement plus discrètes et intégrées. Les jeunes générations, confrontées à des surfaces réduites, expriment un manque de place et une difficulté à trouver des meubles adaptés à leurs contraintes.

Des usages en pleine mutation

Les modes d’habiter évoluent vers plus d’hybridation : le logement devient à la fois lieu de vie, de travail, de loisirs et de réception. Cette polyvalence se traduit par une demande accrue de modularité et de fonctionnalité dans le mobilier. Les jeunes générations (25-39 ans) sont particulièrement concernées par le manque de place, l’absence de meubles adaptés et la nécessité d’optimiser chaque mètre carré. Ainsi, le rangement s’étend au-delà des meubles traditionnels. Par exemple, le recours aux lits coffres est plus fréquent chez les 25-39 ans (21,3 %) [1.5], traduisant une volonté d’optimiser l’espace de rangement et une évolution des usages. De même, la cuisine intégrée modifie la répartition des meubles dans le séjour, sans pour autant faire disparaître le meuble meublant, mais en redistribuant progressivement ses fonctions dans le logement [1.6]. Le canapé, quant à lui, conditionne souvent l’implantation des autres meubles du salon.

Le mobilier, reflet des nouveaux besoins

« Le mobilier n’est plus uniquement défini par sa catégorie historique (buffet, armoire, commode…), analyse Christophe Gazel, Directeur Général de l’IPEA, mais par la fonction qu’il remplit dans le logement : rangement, confort, décoration, séparation des espaces [1.7] ». Les attentes des Français se concentrent sur le confort, la fonctionnalité et l’esthétique, avec une forte demande de solutions personnalisées et évolutives. Quant aux fonctions de rangement, elles demeurent majoritairement associées aux pièces auxquelles elles étaient historiquement dédiées. Ainsi, la vaisselle quotidienne se range à 86,6 % toujours dans la même pièce, tout comme les vêtements à 82,8 %. Les difficultés à trouver des meubles adaptés concernent surtout les jeunes générations, qui pointent le manque de modularité, l’offre trop standardisée ou encore des dimensions inadaptées. Pourtant, la majorité des répondants se déclarent correctement équipés (à 84 % pour le salon/séjour, à 83,8 % pour la chambre adulte et à 81,2 % pour l’entrée), signe que le potentiel du marché réside désormais dans la capacité à proposer des solutions sur-mesure, accompagnées et adaptées aux nouveaux usages.

Les nouveaux critères d’achat et d’équipement

Les enseignes plébiscitées varient selon les catégories de meubles et les générations : Ikea domine pour les dressings (29 %) et les commodes (33,7 %), But et Conforama pour les canapés fixes (respectivement 17 % et 13 %) et les buffets (respectivement 20,8 % et 16, 3%), tandis que Maisons du Monde ou La Redoute séduisent pour des achats plus spécifiques. Le prix, la modularité, la facilité de montage (meubles en kit) et la possibilité de configurer son mobilier via des logiciels sont des critères de plus en plus déterminants.Plus d’un Français sur deux (52,8 %) se dit prêt à acheter du mobilier en panneaux mélaminés pour le séjour, sous réserve d’un bon rapport design/prix. Le besoin d’accompagnement (conseil, projection, aménagement personnalisé) devient central dans le parcours d’achat.

54,3 % des logements
disposent 
d’une cuisine ouverte
sur le salon ou le séjour

Enfin, les Français se déclarent intéressés par un ameublement conçu via un configurateur avec là encore des disparités en fonction des tranches d’âges : à 66,8 % pour les 25-39 ans, à 55,2 % pour les 40-54 ans, à 46,8 % pour les 55-64 ans et à seulement 33,2 % pour les 65 ans et plus. La cuisine est à 57,5 % la pièce la plus concernée par l’utilisation d’un configurateur.

Cette étude met en lumière une transformation profonde du logement français, où l’ouverture des espaces, l’hybridation des usages et la recherche de modularité redéfinissent la place du meuble meublant. Plus qu’un simple objet, le meuble devient un acteur central de l’organisation et du bien-être à domicile, devant répondre à des exigences croissantes de flexibilité, de discrétion et de personnalisation. Cette évolution ouvre la voie à une nouvelle définition du mobilier, pensée pour accompagner les mutations de l’habitat contemporain. Le futur du meuble meublant pourrait se jouer moins dans la configuration d’un produit que dans la capacité à proposer des espaces cohérents. Le logement bouge plus vite que le meuble meublant.

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